Valère Staraselski

De fil en aiguille. Liberté Actus.
Chroniques Valère Staraselski. Août 2026.

Observant le grand ciel étoilé de ce mois d’août me sont venus ces vers inoubliables d’Aragon, chantés par Jean Ferrat :
Etoiles poussières de flammes / En août qui tombez sur le sol / Toute cette nuit proclame / L’hécatombe des rossignols …
Dans Le prologue des Poètes, les rossignols évoqués par Aragon désignent les écrivains, particulièrement les poètes, qui eurent une fin tragique, souvent assassinés. Manière alors pour le poète communiste d’évoquer en 1959, par la contrebande, l’élimination d’auteurs en Union soviétique durant les répressions.
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Début du mois, ce titre en une : Face aux feux, la solidarité, la fatigue et la peur. Durant le mois : « Nous mobilisons toujours plus de moyens pour nous protéger du réchauffement, tout en continuant d’alimenter le phénomène qui le provoque. » Et ces mots du climatologue finlandais, Mika Rantanen : « Ce type d’été sera une nouvelle norme. Même si nous parvenions à la neutralité carbone, c’est-à-dire à éliminer nos émissions de gaz à effet de serre, on ne reviendrait pas au climat antérieur. La situation cesserait seulement de s’aggraver. »
Remise en question de la chose jugée ! (Aragon, Théâtre/roman).
Quant à la prise de conscience du changement climatique, il est enfin permis de dire des choses sans passer pour un dangereux réactionnaire rétrograde. Ainsi, Jean-Marc Jancovici : « Les risques que permet d’éviter le nucléaire sont considérablement plus importants que les risques intrinsèques de l’activité. Et quand je dis considérablement, c’est considérablement. C’est-à-dire que le changement climatique, ça n’est pas une petite bombe à retardement, c’est une énorme bombe à retardement. L’implosion sociale due à la déplétion (action de vider) des hydrocarbures qu’on ne sait pas gérer, ce n’est pas une petite bombe à retardement c’est une énorme bombe à retardement. Je préfère qu’on ait trois déchets nucléaires stockés sous terre plutôt qu’une dictature. Et c’est à peu près comme ça que l’équation se présente. On ne comprend pas que ne pas gérer la décrue des hydrocarbures, ça va nous amener tout droit à un régime totalitaire. »
Où l’on constate que sonner le tocsin ne suffit pas à faire une politique, que les cris d’orfraie poussés par les intégristes de l’écologie politique, qui continuent d’évacuer et l’humain et le social de leur conception petite bourgeoise, ne pourront rien changer à cet état de fait.
Le climatologue Jean Jouzel, l’un des tout premiers à avoir publiquement prévu les conséquences du réchauffement climatique nous dit : « Le réchauffement n’est plus un débat scientifique, mais un problème éminemment politique. Il y a l’analyse de la montée des températures, des précipitations, mais il nous faut surtout penser l’organisation de la société en matière d’adaptation et d’atténuation. J’ai la conviction que la transition écologique, si elle est bien menée, peut construire le dynamisme économique de la France. La Chine est en train de le prouver : elle peut à la fois tenir son engagement climatique de neutralité carbone en 2060 et gagner la bataille économique. »
Pour ma part, rien à ajouter. C’est tellement évident !

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Remise en question de la chose jugée (Aragon, Théâtre/roman).
Pierre Rimbert dans le Monde Diplomatique : « Des secteurs qui avaient accueilli la désindustrialisation avec l’indifférence hautaine que leur inspirait la foi dans l’économie du savoir se trouvent à leur tour menacés. » Et de citer l’économiste turco-américain, Duron Acemoglu : « L’intelligence artificielle devrait creuser l’écart entre les revenus du capital et ceux du travail. »
Remise en question de la chose jugée. Non, ce qui suit n’est pas une provoc mais une info : « Distinction théorisée par le professeur Duverger en 1951, le parti de masse encadre, forme et promeut des adhérents largement issus des classes moyennes et populaires, cependant que le parti de cadres se contente d’organiser des élites préexistantes. Le parti de masse permet d’insérer dans la vie démocratique de la nation des catégories sociales qui en sont en règle générale tenues éloignées. Il relativise donc le lien civique en bousculant une représentation politique ossifiée en un système tourné vers sa propre conservation. »
C’est signé Jérôme Sainte-Marie, cadre du Rassemblement national…
Reconnaissons que ni François Asensi, avec qui nous avons co-écrit Et pourtant communiste ! ni moi, ne serions devenus des militants politiques s’il n’y avait eu un parti communiste de masse quand nous étions adolescents.
Le 21 août, à l’Université d’été du PCF, je présentais la rencontre de François Asensi en ces termes :
Une jeune femme toute vêtue de noir pousse un landau dans une ville d’Espagne. Nous sommes en 1946. C’est l’été. Ses traits sont gracieux. Sa chevelure brune ondoie sur ses épaules. Elle avance d’un pas à la fois souple et énergique. Le regard droit devant. Dans le landau, le bébé dort. Une scène banale en somme. Oui, sauf que, sous le couffin du bambin, cette jeune mère transporte des armes. Des armes destinées aux combattants républicains qui, dans la clandestinité la plus totale, poursuivent le combat contre le pouvoir du général Franco. Cette ville s’appelle Santander. Capitale de la Cantabrie. Cette femme est ma mère. Et l’enfant, c’est moi.
François Asensi, député-maire honoraire de Tremblay en France, actuellement élu dans la majorité municipale de sa ville, a décidé de laisser un témoignage. Ce témoignage tient dans ce livre dont je viens de vous livrer les premières lignes. Son titre : François Asensi, Et pourtant communiste ! Avoir peut-être été utile...
De prime abord, iI s’agit d’un livre de mémoire. Un récit qui court de 1945 à nos jours où est restitué un parcours, celui d’un enfant né en Espagne comme on vient de l’entendre, dont le père, tailleur de pierre, militant communiste, officier républicain, combattra le général Franco jusqu’en 1947 ; d’un jeune qui grandit dans le département ouvrier de la Seine-Saint-Denis puis celui d’un adolescent qui adhère à la Jeunesse communiste en devient un dirigeant, puis au Parti, d’un jeune homme qui fera l’Ecole d’un an de Moscou, celui d’un homme politique, je dirais d’un militant de culture et de pratique communistes.
En 2010, considérant alors, avec de nombreux autres camarades, que la forme Parti n’a plus d’avenir, il quitte le Parti communiste, tout en cherchant à construire autrement une alternative communiste et tout en continuant, jusqu’à ce jour, à contribuer financièrement au Parti communiste.
Aujourd’hui, son approbation, son soutien même, de l’orientation du Parti qu’incarne Fabien Roussel montre, pour peu que l’on fasse preuve d’ouverture d’esprit, que comme le disait Aragon à ceux qui ont des idées arrêtées sur autrui que « rien dans cette vie n’est comme on l’imagine. »
Par ailleurs, je sais - il s’en expliquera très certainement - que François Asensi, qui exerça des mandats de responsable politique, et non des moindres : premier secrétaire de la plus puissante fédération du Parti communiste d’alors, avant d’en être limogé pour désaccord politique, celle de la Seine-Saint-Denis ; membre du comité central ; député durant 38 ans qui fit voter la suppression du mot race des textes de loi par le Parlement en 2013 ; et seul député à conserver un temps une circonscription communiste au 93 ; maire de Tremblay en France pendant 36 années qui lui ont valu, outre la confiance chaque fois renouvelée de ses concitoyens dès le premier tour, de faire partie, en 2024, des nominés de la fondation City Mayors dans la catégorie Meilleur maire du monde (ce sera la maire de Graz en Autriche qui sera nommée cette année-là. Une communiste, elle aussi, encore une fois, après Philippe Rio, maire de Grigny, ça ne s’invente pas !) … Je sais donc, disais-je, que François Asensi n’aime pas que l’on emploie à son endroit le qualificatif d’homme politique. Bien entendu, il dira ce qu’il en a à dire. Et je crois qu’il faut, sur ce sujet, que nous soyons attentifs à ses propos.
Pour ma part, quitte à le contredire, j’affirme que François Asensi est un politique dans le sens premier du terme. Dans son sens le plus noble, lui qui n’a jamais trahi son engagement communiste.
Ainsi que l’a récemment écrit un journaliste au sujet de son livre : « François Asensi a fait le maximum pour agir au mieux afin d’aider et protéger les populations dont il a eu la charge en tant que député de la Seine-Saint-Denis et maire de Tremblay en France. Il donne en tout cas l’exemple d’un élu qui a privilégié l’intérêt de la population plutôt que son propre intérêt. »
Pour revenir à son ouvrage donc, je puis d’ores et déjà vous assurer qu’il contient bel et bien un message politique. Et un message politique d’une modernité évidente. Et que ce message nous parle directement à nous communistes, qu’il nous concerne.
Enfin, permettez-moi de citer ces mots de Goethe qui, outre auteur des Souffrances du jeune Werther, fut également un homme politique. Ces mots correspondent selon moi, assez bien à l’itinéraire de François Asensi.
Ces mots de Goethe sont les suivants :
« La décision et l’esprit de suite sont, à mon avis, ce que l’homme a de plus respectable. »
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Tout à coup sur le trottoir, un premier cycliste, jeune homme en tunique blanche, l’air avenant, m’arrive dessus m’évitant de justesse quand, juste derrière, une jeune femme dont la tenue ressemble, pli pour pli, à un habit de religieuse catholique surgit sur son vélo et me lance dans un irrésistible sourire un retentissant bonjour.

« Entre Rita et mes yeux, un fusil/ Et celui qui connaît Rita se prosterne/Et adresse une prière/A la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel ». La Rita de ce poème de Mahmoud Darwich, composé en 1967, est dédié à son premier amour Tamar Ben Ami, danseuse juive israélienne, d’une famille communiste. Ce poème est chanté dans tout le monde arabe. Celui qui deviendra un dirigeant palestinien de premier plan, auteur de la Déclaration d’indépendance de la Palestine, a donné là un ghazal, à savoir un grand poème d’amour. Un amour par la suite devenu impossible. Mahmoud écrivait à Tamar en hébreu, car il s’agissait d’une langue dans laquelle une professeure lui avait fait découvrir Garcia Lorca et Neruda. Lui, qui écrira : « Entre le parti (communiste israélien) et moi, l’accord fut total » ou encore : « Ma relation avec le parti a toujours été un choix intellectuel et idéologique, en harmonie parfaite » n’aura, selon ses propres mots « jamais eu une vision monolithique et stéréotypée des Juifs. »
A Tel-Aviv où elle fut, un temps, hospitalisée à la fin de sa vie, les jeunes infirmières arabes n’en revenaient pas de rencontrer en chair et en os, l’héroïne du si célèbre poème d’amour de Darwich. Elle est morte en février de cette année.
« Et l’écrit vint » m’avait lancé un lecteur, il y a de cela plus de trente ans. Je ne comprenais pas. Il m’a fallu vingt ans pour décrypter le jeu de mots …
Dans les Hautes Alpes, un village de 2300 âmes, Estelle Arnaud qui a repris la librairie La Page Queyras, témoigne : « J’arrive à payer les livres, les remboursements d’emprunt pour les travaux et je me paie 1200 euros par mois. Mais », ajoute-t-elle « on se fait tellement plaisir, je me régale avec mes clients. C’est une autre forme de rémunération. »
La photo du Président, en pleins mégafeux, de la république française tout sourire en jet ski en une d’un hebdomadaire, provoque, à raison, chez nos compatriotes quelque chose qui ressemble au mot de Louis XIII sur Cinq-Mars dont la morgue avait fini par troubler puis par écœurer le souverain. « Je le vomis ! » avait-il écrit à son Premier ministre, le cardinal de Richelieu. Ce cardinal qui, dans son Testament politique affirmera que « les intérêts publics doivent être l’unique fin du prince et de ses conseillers, ou, du moins, les uns et les autres sont obligés de les avoir en si singulière recommandation qu’ils les préfèrent à tous les particuliers. »
Et pendant ce temps-là, Donald Trump fait tout le contraire : il continue la guerre et s’attaque aux vaccins.
Décidemment, ça lui fait une drôle de gueule au Monde libre…