Bon, j’en étais où ? Ah oui, l’encyclique du pape Léon XVI « Magnifica humanitas », sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle…
Mais avant, comment ne pas évoquer l’humour d’André Santini qui vient de mourir. Homme politique de droite, maire d’Issy les Moulineaux durant 46 ans, député, ministre, qui avait déclaré à propos du Garde des sceaux en 1989 : « Si Saint Louis rendait la justice sous un chêne, Arpaillange (alors garde des sceaux) la rend comme un gland. » Quant à Raymond Barre, qui fut Premier ministre prônant la rigueur et dont on découvrira plus tard qu’il avait des comptes en banque cachés en Suisse, il dira : « Barre, c’est mon compagnon de chambre : il dort à côté de moi à l’Assemblée. » Et puis, ceci au cardinal de Lyon qui s’était insurgé contre l’usage du préservatif : « Monseigneur Decourtray n’a rien compris au préservatif. La preuve, il le met à l’index. »
On m’a toujours dit que l’humour était à droite. Ça n’est pas totalement faux. Quand j’ouvre Service littéraire, excellent périodique pas franchement de gauche, je tombe sur un classement des dernières parutions comme suit : « On trouve ça mauvais et On trouve ça bien. Dans le premier classement.
Moscou parano de paul Gogo. Quand on s’appelle Gogo on n’écrit pas ce genre de livre. Gogol, c’est mieux. Pas vrai Paulo ?
Pas de yaourt pour les morts, de Tiago Rodriguez ? Même au goût bulgare ?
Le deuxième sexe (qui paraît dans la prestigieuse collection de la Pléiade), de Simone de Beauvoir. L’agrégée à tête de vieille fille qui a travaillé à Radio Vichy pendant l’Occupation, maquée avec le plus grand pitre de l’histoire des sciences humaines, écrivait comme une pelle à tarte. Le livre est daté. On peut s’en passer.
Bon ! Pas sûr que Claude Lanzman, auteur de Shoah, œuvre magistrale qui aura, me semble-t-il, plus de postérité que les écrits de Sartre, n’aurait pas, je crois, vraiment apprécié…
La politique ne doit pas être une guerre civile, sa raison d’être est précisément de l’éviter, de l’empêcher. Roland Leroy me racontait, par exemple, que la première initiative prise par le groupe de jeunes communistes résistants qu’il dirigeait en pleine occupation allemande en Normandie avait été l’organisation de bals. Devant ma mine surprise, il me répondit sur le ton de l’évidence que la raison en était que les Allemands avaient interdit les bals… Une autre fois, comme il me disait avoir été appelé par Jean Lecanuet, homme de droite bien trempé, normand lui aussi, sur son lit d’agonie, je m’étonnais encore. Sa réponse fut brève : « Mais c’était un patriote ! ». Lecanuet avait été également résistant. Je me vidais dans l’instant de mon apriori, honteux de ma méconnaissance…
En ces jours de belle saison, il y a cette réalité qui frappe au cœur et qui met en lumière le tréfond de certaines âmes malades : les crimes sexuels. Là, en l’occurrence, l’enlèvement puis le meurtre de Lyhanna, une collégienne de 11 ans par un homme qui faisait déjà l’objet de plaintes non suivies d’audition. Le Président de la République qui dénonce un « dysfonctionnement », « des failles », des négligences en fait, dans cette affaire - il semble qu’il n’ait pas tort - se refuse, en revanche, devant l’évidence, à reconnaître le manque de moyens. La France consacre 77,2 euros par habitant pour sa Justice, l’Espagne 96,8, l’Italie, 100,6, l’Allemagne 136 …
Elle a seize ans et vient avec son petit ami de quinze ans d’assassiner avec un couteau de cuisine ses grands-parents qui en avaient la garde. Aux policiers elle demande si elle peut récupérer son téléphone portable et si elle peut s’en aller. Quand il lui est répondu qu’il n’en est pas question, qu’elle va dormir en prison, elle se met à hurler : « Mais c’est bon ! Je m’excuse, je ne le ferai plus ! »
Réception d’un manuscrit, on devrait dire d’un tapuscrit. C’est fou l’énergie et le temps consacrés à ces demandes lorsqu’on est un écrivain du bâtiment comme Kafka qui avait un emploi alimentaire. C’est mon cas, je suis effectivement un écrivain du bâtiment. Mais, en dépit du temps passé, il ne faut pas regretter de répondre à ces sollicitations. La preuve par Françoise Bedel auteure de « C’est fou ce que les femmes peuvent lutter, éclats de vie », de Giovanni Merloni avec « Petit océan tranquille » ou encore récemment Maxime Deroch sollicite une préface pour « Être né dans les bras de ceux qui espéraient » et dont je dirai volontiers quelques mots.
Oui, car avec son texte, Maxime Deroch apporte une bonne nouvelle. L’engagement, la militance ou encore le goût des autres, appelons-ça comme on voudra, sont bien vivants dans sa génération ! Celle à laquelle Cyril Mokaiesh, auteur-interprète de la chanson J’suis communiste dont il est fait référence, appartient également.
« Ça les perdra /De mondialiser l’injustice / D’en asperger les bénéfices/
Ça les perdra / De cocooner le patronat / De Boucléiser l’élite / J’suis communiste / A ce qui paraît, rien d’héroïque … »
Pour Maxime, « Le communisme n’est pas un musée d’idéologies, c’est une question brûlante : comment faire société autrement ? »
Comment, au vu de l’état de notre monde, donner tort à celui qui a choisi l’espoir contre la résignation ? A celui qui affirme que le chemin ne peut être dissocié du but, que la fin ne peut justifier les moyens. Que la démocratie est incontournable.
L’auteur de Être né dans les bras de ceux qui espéraient ne cherche pas à avoir raison, il opte pour le concret et découvre « que la lutte est un lien. »
Pour changer les choses, il préfère la prise en compte du vivant et donc de ses aléas à la rectitude de l’absolu ou bien encore à « l’assurance triomphale d’avoir raison » moquée par Aragon. Il fait du questionnement voire du doute un élément durable de la prise de parti. Et convenons, connaissant l’histoire, que ça n’est pas rien !
Du reste, dans notre époque d’éternel présent, il a le courage de ne pas refuser l’héritage révolutionnaire dans son entier en n’hésitant pas à revisiter lucidement le passé, tragédies comprises. Ce faisant, sachant d’où il vient, il se donne les moyens de se situer dans ce qui vient.
A ce sujet, il ne confond pas l’idéologie avec le dogme et se fait un viatique des mots de Rosa Luxemburg : « La liberté est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »
« Je n’ai pas choisi de naître dans le rouge. Mais j’ai choisi de le comprendre, de le questionner, de le faire mien. » clame-t-il ajoutant qu’en agissant pour « changer les choses avec les gens », il a pu s’éveiller à lui-même et comprendre cette chose essentielle, à savoir que « l’espoir n’est pas une naïveté mais une résistance intime. »
En d’autres termes, il nous rappelle que l’on ne peut dire Je sans Nous. Il assure que les valeurs morales et les convictions démocratiques sont, pour lui, consubstantielles de ses choix politiques. Mieux, elles en sont le coeur.
S’il y avait une leçon à retenir de la lecture d’Être né dans les bras de ceux qui espéraient, texte à la fois simple et riche, ce serait celle qui tient dans cette « obstination à croire que demain peut-être meilleur ». Obstination ou esprit de suite qui s’appuie et sur le refus « de plier devant l’injustice » et sur le « désir de tendre la main plutôt que de serrer le poing. »
Les mots de Maxime Deroch portent la lumière transmise par ses parents. Communiste syndicaliste pour son père, militante de la Jeunesse ouvrière chrétienne pour sa mère. A son tour, reprenant le témoin, il donne à voir cette lumière dont l’autre nom est fraternité. Du latin frater, frère.
Et ce faisant, il nous ramène à l’universalisme humain.
Et voici que juste après avoir fini le texte de Deroche, je tombe sur une chronique de la psychologue-clinicienne Marie-Estelle Dupont dans le Journal du Dimanche sur la génération Z (qui désigne les natifs du milieu 1990 et le début des années 2010). « Ce dont souffre avant tout cette génération anxieuse, c’est d’un profond sentiment que la vie n’a pas de sens. Biberonnés à l’individualisme absolu qui présente tout engagement comme un fardeau, dans un narratif de cris dont le leitmotiv paradoxal et dangereux est que tout est foutu et que tout est permis, ils peinent à trouver l’élan de joie nécessaire à toute prise de risque. N’appartenir à rien est une aliénation majeure : cela vous force à tout contrôler, et trop de contrôle tue le lien. Or, pour que grandir est un sens, le sentiment d’appartenance à un monde commun est nécessaire. Ce que la modernité nous a apporté en confort technologique et en divertissement, elle nous l’a fait perdre en intelligence du lien et en sentiment d’affiliation. Or le lien précède et précèdera, toujours et partout, l’individu. »
Mercredi soir 17 juin, les présidents iranien et américain Massoud Pezeshkian et Donald Trump ont signé un accord de paix fixant l’arrêt des combats au Moyen-Orient et la réouverture du détroit d’Ormuz, sans Israël.
Alors, Magnifica humanitas. « Il faut éviter l’erreur consistant à assimiler cette intelligence (l’IA) à l’intelligence humaine. » Je pourrai recopier l’entièreté de cette encyclique qui, pour moi, est un texte communiste : « Le nouveau système économique et financier mondial, caractérisé par une grande mobilité des capitaux et des moyens de production, a réduit le pouvoir politique des Etats ainsi que leur capacité à orienter les processus économiques. C’est pourquoi il est réaffirmé que l’activité économique ne peut prétendre résoudre tous les problèmes sociaux en élargissant simplement la logique du marché, mais qu’elle doit être ordonnée au bien commun, envers lequel la communauté politique porte une responsabilité propre et irremplaçable. » Et encore, pour ceux qui croient à l’action : « Il existe d’autre part un réalisme dégradé qui confond constatation et résignation : puisque la force domine, il en est conclu qu’elle doit dominer. Le réalisme authentique ne renonce pas à changer le monde. Il commence par voir clairement les intérêts, les peurs, les entraves et les rapports de force, précisément pour évaluer ce qu’il est possible d’obtenir et par quelles étapes. Il ne réduit pas la politique à la morale, mais ne la livre pas non plus à la violence. Il cherche des voies praticables pour que la paix soit plus qu’un mot, c’est-à-dire des institutions crédibles, des garanties vérifiables, des négociations patientes, une prévention des conflits et la protection des civils. »
Je renvoie au texte téléchargeable comme je renvoie à celui de Fabien Roussel qui, après avoir rappelé que « dans les mains du capital privé, l’IA est une menace » indique notamment : « Je fais miens les mots du pape Léon XIV soulignant que nous ne pouvons pas laisser l’IA nuire à ce que notre « magnifique humanité » a en commun : la vérité, la dignité du travail et la liberté. Ni laisser s’épanouir ses usages guerriers. »
L’historien italien Carlo Ginzburg va de mourir. De la fréquentation intense de la littérature pendant son enfance, il dira qu’elle a nourri son « imagination morale ».
La chute des ventes de livres poursuit sa course, moins 8% depuis janvier, une bonne partie des 3500 librairies indépendantes en France où l’on achète un livre sur deux sont menacées de disparition…