Il semble logique que chaque contribution versée, ici, vise à apporter sa pierre
(propositions, réflexions, etc) à l’élaboration continue de l’orientation de notre
organisation.
Le Parti communiste a, dans notre pays, une fonction irremplaçable : travailler
à une option économique, sociale, écologique et démocratique crédible pour la
nation tout entière. C’est ce qui nous tient ensemble, c’est ce qui nous
rassemble, c’est ce qui nous fait agir au quotidien pour l’intérêt général.
Ainsi, il serait pour le moins hors de propos de faire comme si nous n’avions
pas entendu, par exemple, les paroles de Jean-Luc Mélenchon reproduites dans
La Meute et non démenties : « J’ai peut-être déjà perdu mais je veux être le
héros de la révolte contre Marine Le Pen. »
Tournant le dos à cet aventurisme social-gauchiste stérile et dangereux, les
communistes n’ont-ils pas le devoir de proposer une alternative progressiste au
capitalisme prédateur et destructeur ? N’y a-t-il pas comme première urgence
à manifester auprès des populations des propositions et des actes politiques en
ce sens ?
Et pour cela, il va sans dire - et ça va tout de même mieux en le disant - que ne
pas présenter de candidat communiste à l’élection présidentielle de 2027 serait
non seulement se renier mais équivaudrait à un suicide politique. Aussi,
s’appuyer de manière déterminée sur les 2,3% réalisés en 2022 est inséparable
de notre stratégie.
Quelle stratégie ? D’abord, en agissant de telle sorte que la contradiction entre
Capital et Travail soit remise au centre. Au moment où comme le rapporte Le
Monde à propos de l’industrie : « Malgré des investissements record, les
fermetures dépassent les ouvertures en 2025 », indiquer que c’est bien le
contrôle des forces productives qui, pour l’essentiel, permet d’avoir la main sur
la politique. Florian Gulli, dans un entretien à Liberté Actus avec son directeur
Esteban Evrard, lui-même spécialiste de l’enjeu de l’industrie automobile,
rappelle que l’enjeu est de « revenir à cette centralité stratégique en la
dégageant de tous les malentendus qui l’ont recouverte ces dernières années,
avec toutes ces formes de concurrence entre les luttes, alors que ce n’était pas
du tout la question ». Car « l’objet, c’est la construction d’un rapport de force.
Et quand on ne se pose plus cette question, on tombe dans la morale. On fait du
militantisme verbal ».
Notre Parti communiste a une responsabilité historique en la matière.
Mener pied à pied cette bataille des forces productives nécessite de renouer
avec les travailleurs et la classe ouvrière d’aujourd’hui.
C’est pourquoi, nous ne pouvons plus faire l’économie d’un outillage
conceptuel adapté à cette stratégie et en conséquence ne plus ignorer des
travaux d’auteurs tel Domenico Losurdo, par exemple, il y en a d’autres, dans
nos temps de formation.
C’est ainsi qu’en apprenant que les communistes brésiliens appuyaient
désormais leur réflexion et leur formation sur les travaux considérables de
Losurdo, je me suis écrié : « Heureux les camarades brésiliens !!! »
Les voici débarrassés d’une vision inopérante car ne tenant pas compte des
échecs. Les voici qui vont gagner un temps précieux. Régler ses comptes au
populisme, au messianisme et au rebellisme qui nous encombrent encore et
nous entravent.
Le populisme ? La transfiguration morale des opprimés qui deviennent, au
mépris de la réalité, des incarnations de la moralité. Et, au nom de la division
entre les « racisés » et les autres, oppose au lieu de rassembler dans la lutte
des classes. Une partie de la gauche excelle dans cette pratique qui tend à
substituer la lutte des races à la lutte des classes.
Le messianisme ? L’émancipation « comme (devant être) une négation totale ».
La société future devrait être « totalement Autre ». « Du passé faisons table
rase » dit L’Internationale des damnés. Ce qui débouche sur une fatale déprise
du réel. Souvenons-nous d’Aragon dans Blanche ou l’oubli : « J’ai été de ces
braves gens qui ont cru dur comme fer qu’il suffisait de changer le système de
distribution des biens pour que disparaissent les vols, les assassinats, les
malheurs de l’amour, que sais-je ? Je n’exagère pas. J’ai pensé ainsi, moi
comme d’autres… »
Le rebellisme ? Ce terme emprunté à Gramsci, est cette « tendance propre aux
classes subalternes de la petite bourgeoisie intellectuelle », qui consiste à
convaincre que le pouvoir a toujours tort. Pour les rebellistes toute l’histoire du
socialisme est une somme nulle puisqu’elle s’est faite sous l’égide de l’Etat.
Comme me l’indiquait récemment un camarade du Nord : « Losurdo est enfin
lu, mais qu’est-ce que c’est long ! ». Effectivement, voici presque deux
décennies qu’avec Eric Le Lann, auteur de Communisme : un chemin vers
l’avenir et quelques autres, nous bataillons pied à pied pour que ce penseur
communiste du communisme puisse avoir droit de citer dans nos rangs.
Quel boulot mais de sérieux points ont été marqués !
Mais qu’a-t-il de si essentiel ce Losurdo ? Eh bien, prenons, par exemple, la
question de la liberté. Convenons que cette question est, pour le moins,
incontournable pour les communistes. A la suite d’une prise en compte des
réalités de nation, de religion et de besoin d’Etat, Losurdo invite expressément
au dépassement de cette idée trop répandue et cependant fallacieuse que
l’affrontement entre les vues capitalistes et les vues communistes est « un
conflit entre la liberté libérale et les droits économiques et sociaux. »
Contrairement à Alain Badiou pour qui « la justice est plus importante que la
liberté », le dirigeant communiste italien, Palmiro Togliatti, n’hésitait pas à
écrire en 1954 : « Les droits à la liberté et les droits sociaux sont devenus et
restent le patrimoine de notre mouvement. »
L’émancipation ? Pas de justice sociale sans liberté et pas de liberté sans
justice sociale… Rappeler cela ne me semble pas superfétatoire.
Pour reconstruire un combat de classe émancipateur, il convient de revenir à la
centralité stratégique des forces productives en s’appuyant sur un ensemble
théorique non démissionnaire…