Valère Staraselski

L’Adieu aux rois, Paris janvier 1794
Vincent Ferrier - le Blog l’ours blanc
11 septembre 2013

A PROPOS DE « L’ADIEU AUX ROIS » de notre ursidé Valère Staraselski

[Notre ursidé Valère Straselki a récemment publié "L’Adieu aux rois" aux éditions du cherche midi. Vincent Ferrier, qui co-dirige le dossier "L’Ours en Midi-Pyrénées" dans notre revue Chemins de Traverse et qui a établi avec sa femme Monette l’excellent témoignage "Lettres de captivité" (L’Ours Blanc), nous livre ici un article sur le livre de Valère.]

De multiples articles ont salué la parution du dernier ouvrage de Valère Staraselski « L’adieu aux rois ». Ils sont tous, avec juste raison, élogieux et invitent vivement à la lecture de ce livre. Citons notamment ceux de F. Eychart (L’Humanité du 5/09/13), de C. Chouard (« Le Berry républicain » du 24/08/13). Je ne veux pas ici paraphraser les appréciations très positives des auteurs, mais exprimer quelques réflexions de lecture complémentaires.

Je souhaite revenir sur l’article de Rémi Boyer, paru une première fois le 22/08/2013 sur Le Site Inchoerism et repris d’une manière plus concise le 10/09 dans L’Humanité. L’ensemble de cet article est élogieux, certes, et j’en partage les grandes idées. Toutefois, j’exprime quelques réserves sur un ou deux aspects de cet article.

Tout d’abord son titre « La Révolution reste encore à découvrir ». Il me semble ambigu et « modérantiste » si j’ose reprendre une expression de Robespierre citée dans le livre de V. Staraselski. Qu’est-ce à dire que « la Révolution reste encore à découvrir » ? Que l’odyssée entreprise par les révolutionnaires de 1789-1794 ne fut pas vraiment une révolution ? Même si elle se heurta finalement aux visées de la nouvelle bourgeoisie au pouvoir et qu’elle en périt...Ou alors l’auteur veut-il signifier que les chemins que devront parcourir les révolutionnaires de notre temps seront nécessairement différents et qu’il n’est pas de modèle ? C’est une évidence : mais, choisissant ce titre, il lui revenait de lever son ambiguïté dans l’article, ce qu’il ne fait pas.

Deuxièmement, R. Boyer évoque les deux grands axes de « L’adieu aux rois » : d’une part la description étonnamment précise et circonstanciée de la destruction systématique des tombes des rois, reines et autres figures de l’aristocratie française, depuis Dagobert jusqu’à Louis XV, d’autre part la figure de Robespierre aux prises avec les contradictions majeures du moment. Il précise en même temps que « davantage que Robespierre, c’est la démocratie et les principes et valeurs de la République que V.S. veut défendre ». Quant à moi, même si, en temps et en pagination le premier axe apparait l’essentiel du roman, j’estime que le pivot signifiant du récit de V. Staraselski est Robespierre (comme d’ailleurs le couple Voltaire-Diderot m’était apparu comme celui d’« Une histoire française »). Ce n’est évidemment pas un hasard si la dernière page du livre est la relation de la mort du dirigeant révolutionnaire. D’ailleurs le lecteur attentif aura compris qu’à travers les citations littérales de Robespierre, c’est Valère Staraselski qui parle (c’est lui évidemment qui a choisi ces citations...). Ce n’est pas une surprise quand on connait les engagements syndicaux et politiques de l’auteur.

Troisièmement, précisément en restreignant aux valeurs de la République et de la démocratie l’engagement de l’auteur, R .Boyer occulte complètement, dans les deux versions de son article, la dimension majeure du récit : le concept de nation et donc de patriotisme. Ce concept est le fil rouge (oserons nous dire...) de « L’adieu aux rois ». De multiples passages l’évoquent. Pas seulement par le contenu essentiel que pris très vite la révolution, mais aussi, et c’est une des richesses du roman, par le processus historique séculaire qui forgea la nation française sous ses royautés successives. F. Eychart l’avait fort justement évoqué dans l’article cité plus haut. Ceci donne une dimension évidemment très importante et militante au livre de V.S. à l’heure où la mondialisation capitaliste s’en prend à l’existence des nations, à leur indépendance économique, politique et culturelle, à l’heure du traité de Lisbonne notamment, à l’heure par exemple où la bourgeoisie française vise à liquider nombre d’acquis en particulier de la Révolution de 1789 ( soumission de l’Etat à la Commission de Bruxelles, menaces sur la départementalisation, etc.). Cette notion de nation est d’ailleurs une constante dans l’œuvre de V. Staraselski : elle était déjà le fil conducteur d’ « Une histoire française ». Rappelons, en passant, ce qu’écrivit un jour Aragon, en substance : il n’y a de réalisme que national...

En un mot, lire « L’adieu aux rois », c’est rajeunir.

Vincent Ferrier

11 septembre 2013

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