
Valère Staraselski, romancier
Avec Le Maître du jardin, dans les pas de Jean de La Fontaine, le dernier roman de Valère Staraselski, le lecteur est entraîné à la rencontre du célèbre fabuliste de Château-Thierry.
« Ainsi, écrit Serge Hartmann, des Dernières Nouvelles d’Alsace, le lecteur chemine dans ce jardin du Grand Siècle français. Élégance et rudesse y alternent, dans une époque en puissants contrastes. Une sorte de carottage dont les éléments extraits, et remarquablement écrits par Staraselski, offrent au final un portrait assez juste de l’illustre Jean de la Fontaine. »
L’auteur répond ici à la question : Pourquoi le succès ininterrompu des fables de la Fontaine ?
Des fables, il y en a eu bien-sûr bien avant celles de Jean de La Fontaine, celles d’Esope et de Phèdre, mais également après celles écrites par Jean Anouilh par exemple. Alors, pourquoi ce succès si éclatant des fables choisies et mises en vers dès 1668, succès qui est non démenti depuis ? La réponse tient à la fois dans le style et le propos de ces fameuses fables.
Oui, le style des fables qui, comme le synthétise Chamfort, revient à « cet art de savoir, en paraissant vous occuper de bagatelles, vous placer dans un grand ordre de choses. »
Style et propos sont ainsi rendus inséparables par la grâce d’une écriture très poétique qui loin de s’apparenter à une imitation servile des fables préexistantes en est une récréation véritable. S’agissant de la langue du fabuliste, Houdar de la Motte a résumé la chose. Pour lui, les lecteurs « n’aiment point les préceptes trop directs. Trop superbes pour s’accommoder de ces philosophes qui semblent commander ce qu’ils enseignent, ils veulent qu’on les instruise humblement ; et ils ne se corrigeraient pas, s’ils croyaient que se corriger fut obéir. »
De la sorte, avec les fables de Jean de La Fontaine, le lecteur, toujours selon Houdar de la Motte « se complaît dans cette pénétration adroite, qui fait découvrir plus qu’on ne lui montre, et, en apercevant ce qui était couvert de quelque voile, il croit en quelque sorte créer ce qu’on lui cachait. »
A présent, concernant la matière des fables, écoutons Jean Giraudoux : « Voici le problème. Toute la littérature du XVIIe siècle nous a donné du règne de Louis XIV une description magnifique, qui correspond peut-être à la gloire et à l’orgueil de la royauté française, mais pas le moins du monde à l’état de la France. » Et il ajoute : « Sur la misère, la pauvreté, l’angoisse et l’épuisement de la nation, la littérature a observé un mot d’ordre qui n’aurait pas été mieux observé s’il lui avait été imposé par la force. » Pour Giraudoux, trois prosateurs du règne trahiront ce qu’il nomme « La première grande opération de propagande d’Etat » menée par Colbert pour le compte du roi : Vauban qui, dans son livre de La Dîme Royale dénonce le manque de richesse qui couvre la France, La Bruyère qui décrit la misère des petites gens, des paysans dans Les caractères et Fénelon qui adresse à Louis XIV une lettre d’une grande violence, inimaginable aujourd’hui. « La France entière n’est plus qu’un hôpital désolé et sans provision... » y écrit l’archevêque de Cambrai au roi de France. Et, du côté des poètes, Giraudoux n’en voit qu’un qui n’ait pas fait abstraction de la misère, de la réalité quotidienne du peuple, de l’intrigue des petits, de la bassesse des courtisans, de l’amour de la flatterie chez le roi lui-même. Il affirme : « Tout sa verve en est pétrie. Il suffit de le feuilleter au hasard.* »
Evidemment, on a reconnu notre fabuliste : « Selon que vous serez puissant ou misérable/ Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Bien-sûr, cela pris « au hasard », ne saurait absolument pas s’appliquer à notre époque ni à notre pays ! Bien-sûr que non, voyons ! Ou encore : « Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde/ En est-il un plus pauvre en la machine ronde / Point de pain quelquefois, et jamais de repos. » Et puis ceci aussi : « Il ne faut pas moquer les misérables, car qui peut s’assurer d’être toujours heureux. »
Les premiers vers sont tirés des Animaux malades de la peste, les suivants de La mort et le bûcheron, les derniers du Renard et l’écureuil, fable publiée après la mort de Jean de La Fontaine, seul grand auteur français du XVIIe siècle à n’avoir jamais été, de toute son existence, pensionné par le grand Roi Soleil !...
Valère Staraselski
Le Maître du jardin, dans les pas de Jean de La Fontaine publié aux éditions du cherche midi - P.192, 15€
pour information Un homme inutile est réédité au cherche midi - P.195, 15€