Une cathédrale n’est pas un bâtiment, c’est une nef cosmique, une machine à
voyager dans le temps et dans le cœur des hommes.
Partant de cette idée, Valère Staraselski construit autour de la cathédrale
Saint-Etienne de Meaux un bel édifice romanesque, dans lequel son
personnage récurrent, François Koseltsov, figure du chrétien qui observe
notre modernité s’écrouler avec une sorte de passion funeste - cette passion
littérale des chrétiens pour les ruines, dirait Bernanos.
Ici, la forme romanesque est surtout un prétexte à l’auteur pour énoncer ses
considérations sur le rapport du christianisme au monde contemporain,
et à reformuler les termes de l’espoir que porte
encore le christianisme- sur son étonnant vitalisme et sur cette
organicité vibrante de l’Eglise réelle- c’est-à-dire la communauté de ses
fidèles. Bavard parfois, mais toujours passionnant lorsqu’il donne à son récit
des allures de conciliabules secrets entre un groupe de
personnages réunis par le Salut - ce que les ignorants appellent encore le hasard.
A l’ombre des Sermons de Bossuet, ces Passagers réinventent une sorte de
maïeutique chrétienne, à la fois grave et sereine. ♦
MARC OBREGON