Valère Staraselski a publié cette année un nouveau roman, Les Passagers de la cathédrale, dans lequel il interroge notre époque.
Ils sont cinq, quatre hommes et une femme. Il y a François, membre du collectif Les morts de la rue, Louis ancien prof nonagénaire, militant communiste, Darius, réfugié iranien travaillant pour le Haut-commissariat aux réfugiés, Thierry dit Chéri-Bibi, un balayeur devenu gardien de musée et enfin Katiuscia, lumineuse et sensuelle convertie. Près de la cathédrale Saint-Etienne de Meaux, leurs destins les réunissent. Des amitiés se tissent, des amours se révèlent.
Un roman philosohique
Ces cinq personnages, ce sont ceux du dernier roman de Valère Staraselski. A travers eux, au gré de leurs cheminements, de leurs questionnements, l’auteur, explore les liens entre religion et politique, entre la spiritualité et le militantisme.
Ce faisant, il invite à réfléchir. Sa cathédrale est un roman philosophique. Car en dialoguant, les personnages mènent le lecteur sur la voie de l’introspection. On pense à Diderot.
Entre eux, animés d’une quête de sens, ils se racontent, se déchiffrent, parlent de la mort, de l’engagement, d’eux et de leurs contemporains...
La tuerie de Charlie hebdo, les persécutions politiques, religieuses, aussi vieilles que le monde, la crise climatique, la détresse proliférant sur la misère...
Le monde des cinq personnages, ce n’est autre que ce début de XXIe siècle. Les Passagers de la cathédrale y est ancré.
L’Europe a des origines chrétiennes
"Tout est parti de l’incendie de Notre-Dame" explique l’auteur." Je me suis interrogé sur le pourquoi de l’émotion profonde qu’il a suscitée. Et de là, sur ce que représente le christianisme dans notre société aujourd’hui." Se poser cette question, pour le romancier, c’est aborder le sujet des racines. "Qu’on le veuille ou non, l’Europe a des origines chrétiennes" observe-t-il. L’auteur, par ailleurs militant communiste lui-même, l’avoue : de là découle une colère, elle aussi à la source de son roman. "Il y a une méconnaissance de ces racines" déplore-t-il. Il existe un point de vue dominant à gauche qui est que précisément l’Europe, n’a pas d’origines chrétiennes. Nier cela, c’est nier tout notre passé. Et c’est laisser un boulevard sur ce thème à certains partis politiques. Depuis Vatican II, l’Eglise est sur une lancée progressiste. J’aurais beaucoup aimé que le mouvement communiste fasse lui aussi un Vatican II !".
Scruter l’histoire et écouter son écho, interroger le présent. L’auteur s’y attache souvent. C’était le cazs déjà dans son avant-dernier roman, Le Parlement des cigognes. L’ouvrage a été récompensé par le prix Licra 2018.
Les racines donc, d’où la cathédrale. C’est là, dans celle de Meaux, que les personnages "ses passagers se retrouvent. Lors d’un concert, ou à l’occasion d’une messe de minuit. Ainsi, sous ses voûtes, le narrateur donne à voir ce qui les lie. Au delà du vécu, des aléas, des chaos de l’existence, des opinions, de la foi de chacun. Tel est le message de l’auteur. " Contre le haine de l’autre, l’enjeu majeur est de faire commun. Et sans intégrer ce qui fait notre passé, on n’y arrivera pas. Mais il y a encore beaucoup de fraternité. Face au délitement de la société, c’est ce qui permettra de trouver comment remettre du carburant dans la machine Espoir."