Catholique réac de gauche et militant communiste de longue date, Valère Staraselski a sans doute écrit le plus beau roman de conversion de l’année
Quelle place occupe le christianisme, aujourd’hui, dans notre pays ? Voici la question centrale que pose ce roman dialogué, passionné, dans lequel le narrateur cherche au gré de ses rencontres qui ne sont pas des hasards mais des rendez-vous salutaires, à comprendre ce qui, au fond, peut encore réunir les Français. Que leur manque-t-il pour faire véritablement nation ? Qu’en est-il de leur combat spirituel commun ? En ont-ils encore un ?
Selon l’auteur de L’Adieu aux rois (Cherche midi 2013), c’est l’évidence. Pour lui, en somme, Dieu est esthétique !
En peine tempête, au pied d’une cathédrale d’Ile de France qui fut celle de Bossuet, François Koseltzov, moniteur de cheval, se lie d’amitié avec le nonagénaire Louis Massardier, ancien professeur d’histoire et ancien militant communiste. Bientôt ces deux-là sont rejoints par Thierry, alias Chéri Bibi, balayeur devenu gardien de musée, Darius, iranien réchappé in extremis des geôles de Khomeiny puis Katiuscia, lumineuse jeune femme catéchumène.
Qu’est-ce qui réunit ces personnages ? Le besoin de sacralité. Entre Semaine sainte, bataille de Valmy et messe de minuit, les passagers de ce roman nous rappellent une évidence:72% des Français disent " s’inspirer de plus en plus des valeurs du passé" (étude Fracture française, 2024). Et Staraselski n’oublie pas le constat de l’historien Mathieu Lours : "Au tournat des XVIIIe et XIXe siècles, les cathédrales deviennent des symboles d’une idée politique en Europe : la nation."
Louis Massardier, lequel fait figure de vieux sage revenu de ses vieilles lunes, analyse les conséquences de la rupture avec l’Alliance biblique. Voici qu’il lance à son jeune ami Koseltzov : Et tu comprendras la portée révolutionnaire de ces idéologies religieuses ancestrales !" Et d’ajouter :"Etre chrétien, c’est faire comme si absolument tout dépendait de nous et de nous seuls. Pas de salut hors de ça." Tout ce roman, qui est en réalité celui d’une conversion, pourrait aussi bien tenir dans cette parole du Christ :"Je veux la miséricorde et non le sacrifice." Sacré viatique !